L’innovation de rupture est-elle due au hasard ?

innovation et hasard

Beaucoup pensent que l’innovation de rupture n’est qu’une suite d’évènements issus du hasard. Elle serait un coup de chance, un gain à la loterie. Elle est perçue comme une prise de risque à la fois folle et géniale.

En fait, il n’en est rien.

L’innovation de rupture n’est pas le fait du hasard mais le résultat d’une volonté. Il faut un esprit préparé par une longue réflexion, dont on parle rarement car elle est silencieuse et peu spectaculaire.

Mon livre sur l’innovation de rupture décrit, entre autres, ce processus de réflexion. Voici en 3 points la tournure d’esprit nécessaire à l’innovation de rupture :

  • Une détermination sans faille ;
  • La capacité à tirer parti des découvertes faites par hasard ;
  • La capacité de combiner le quotidien et la préparation de l’avenir.
  1. Une détermination de tous les instants

    Dans l’environnement de l’entrepreneur, tout pousse à l’innovation incrémentale : le feedback des clients, l’action des concurrents, l’avis des experts.En effet, les clients ne sont pas demandeurs de rupture : ils attendent une amélioration des produits dans la continuité de ce qu’ils connaissent. Les concurrents suivent tous le même design dominant et, lorsqu’ils challengent l’entreprise innovante, ils la poussent à riposter dans la continuité de l’existant.

    Lorsque les experts analysent les réussites passées, ils sacralisent un modèle dont l’innovateur doit s’écarter pour créer la rupture. Et quand une disruption se produit sur un marché, l’entreprise installée a tendance à l’ignorer : c’est pour elle une surprise inattendue, qui ne correspond pas à son mode de pensée habituel.

    C’est pourquoi, face à des courants contraires, il faut une détermination sans faille pour viser une stratégie en rupture. Ce faisant, l’innovateur s’ouvre à l’inattendu et stimule sa capacité d’intuition.

  2. Capacité à tirer parti des découvertes faites par hasard

    Le quotidien apporte constamment des faits qui s’écartent de la norme.
    L’esprit ouvert à la rupture y voit une singularité à creuser, dont pourra éventuellement émerger une idée innovante. L’esprit rationnel n’y voit qu’une aberration qu’il faut ignorer, voire éliminer, sous peine de perdre en efficacité.

    Une bonne illustration est la manière dont Ingvar Kamprad, le fondateur d’Ikea, a amené la rupture dans le monde du meuble. « Alors que nous étions en train de photographier une table et que nous cherchions à la remettre dans son carton, mon associé trouva que tout cela prenait beaucoup de place. Il eut l’idée d’enlever les pieds et de les placer sous le plateau ».

    Un esprit rationnel serait passé à autre chose. Il aurait pensé : « oui, les meubles, cela prend de la place… Cela fait partie des contraintes du métier… On n’y peut rien… »

    Ingvar Kamprad, au contraire, y vit une opportunité intéressante qui méritait d’être approfondie. Cette idée n’était pas seulement une solution ponctuelle, non généralisable, à un problème d’encombrement.

    Il y a vu le moyen d’augmenter la valeur pour les clients – un meuble en kit est plus facile à charger dans une voiture – et de diminuer les coûts pour l’entreprise grâce à un espace de stockage réduit.

    Ainsi, à partir d’un simple problème logistique, l’idée du meuble en kit a émergé. Si le créateur d’Ikea avait suivi les habitudes de son secteur, cette innovation n’aurait pas vu le jour. Il ne s’agit donc pas d’un hasard.

    Cet exemple montre qu’il a fallu à l’entrepreneur :

    • la détermination pour s’affranchir des habitudes couramment pratiquées dans son secteur ;
    • la capacité à percevoir des opportunités d’innovation dans les péripéties saugrenues apportées par le hasard ;
    • un état d’esprit ouvert à l’inattendu.
  3. Combiner la gestion au quotidien avec la préparation de l’avenir

    Il est très difficile de prévoir le résultat d’une innovation de rupture. Quel type d’innovation émergera ? Combien de temps faudra-t-il avant de réussir ? Quelles transformations du modèle d’affaires seront-elles nécessaires ?

    Les dirigeants préfèrent souvent consacrer leurs ressources aux innovations incrémentales qui présentent une bien meilleure visibilité. Ils oublient que réserver une partie des ressources à l’innovation de rupture leur assurera la croissance future.C’est pourquoi je recommande aux comités de direction d’avoir une action volontariste pour réserver constamment une petite partie des ressources à la recherche d’innovation de rupture.

    • Quand on privilégie trop l’efficacité : les déboires de 3M

      L’histoire de 3M illustre bien les déboires d’une entreprise qui ne vise que l’amélioration de l’efficacité de ses équipes, au détriment de l’innovation.Dans les années 2000 un nouveau PDG, James Mc Nerney, souhaitant améliorer l’efficacité des équipes, généralisa les processus de qualité « Six Sigma » à toute l’entreprise.

      Malheureusement, si cette méthode réduit les défauts dans les activités de production et augmente l’efficacité pour les processus répétitifs, elle a pour effet d’éliminer tout ce qui s’éloigne de la norme et en particulier les tentatives d’innovation de rupture.

      Alors que 3M était réputée pour sa capacité à innover, les nouveaux produits se firent plus rares et l’entreprise perdit des parts de marché. En se privant de lancer des innovations de rupture, l’entreprise limitait son activité à des marchés matures dont la croissance est faible.

      Et lorsque ses produits majeurs entraient en phase de déclin, elle n’avait pas de nouveaux produits phares pour compenser la baisse de chiffre d’affaires. L’erreur a été corrigée lorsque George Buckley a remplacé James Mc Nerney et a supprimé les processus Six Sigmas pour les départements en charge de l’innovation, en particulier la R&D. »

    • L’exemple de Google

      Google est un exemple d’entreprise volontariste dans l’allocation de ressources vers l’innovation de rupture. Ses dirigeants imposent des quotas fixes entre les différents types de projets d’innovation suivant le degré de maturité du marché.

      L’entreprise consacre 70% des ressources d’innovation aux business matures comme les moteurs de recherche et la publicité par internet, 20% aux projets qui ont vécu un premier succès et sont en phase de croissance et 10% à la recherche de nouvelles innovations de rupture, gérées dans sa filiale Alphabet.

L’innovation de rupture n’est pas due au hasard. Elle est le fruit d’une façon de réfléchir. L’entrepreneur est toujours tiraillé entre la recherche d’efficacité et l’ouverture à l’inattendu, deux démarches nécessaires mais difficiles à concilier.

L’entrepreneur doit préparer son esprit afin de rompre avec les habitudes du secteur, reconnaître les opportunités qui se présentent par hasard et savoir en tirer parti.

Un guide pour prendre les bonnes décisions

Cet ouvrage sur l’innovation de rupture a pour objectif de vous conseiller sur les meilleures stratégies et les méthodes les plus adéquates pour votre projet d’innovation. Il vous servira de guide pour y voir plus clair dans le foisonnement actuel.

Inscrivez-vous pour être informé des prochains articles

Pour prouver que vous n'êtes pas un robot,
merci de répondre à cette simple question:

Facebooktwitterredditpinterestlinkedinmailby feather

3 réflexions sur « L’innovation de rupture est-elle due au hasard ? »

  1. Bonjour Benoît,
    merci pour cet article intéressant. Vous dites que l’entrepreneur doit préparer son esprit afin de rompre avec les habitudes du secteur, c’est très juste.
    Et pour cela j’ajouterai qu’il faut prendre l’habitude de s’intéresser à des univers proches et faire jouer à plein le processus créatif par association d’idée. Bon nombre d’innovations de rupture sont des moyens existants que l’on a combiné différemment.
    Et surtout , le plus important est d’oser proposer de nouvelles choses en sortant de sa zone de confort.
    A bientôt,
    Laurent du blog Innover-Malin

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *