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Comment faire adopter une idée d’innovation

De l'idée d'innovation au projet

Prototype de la carte à puce en 1974

Roland Moreno, génial inventeur français, est décédé il y a quelques jours. Son invention la plus connue, la carte à puce, a mis du temps à se concrétiser. Voyons pourquoi et quelles sont les leçons à en tirer.

De 1974 à 1979, Roland Moreno a déposé les brevets pour le premier terminal de paiement sans argent qui, grâce à sa mémoire à circuits intégrés, non volatile, était capable de gérer la solvabilité du porteur identifié par un code secret. C’était la carte à puce. Elle a changé notre vie : cartes téléphoniques, cartes de crédit bancaires, cartes SIM de la téléphonie mobile, carte Vitale, Moneo, Navigo, Velib etc… Finalement, la carte bancaire n’a vu le jour qu’à partir de 1992.

  • Les gens trouvaient cette invention bizarre
    Voici ce que le fournisseur de mémoires à circuit intégré a dit : « Mais qu’est-ce qu’il veut en faire, ce Monsieur Moreno de nos mémoires intégrées ? Ne serait-ce pas pour construire un autre objet idiot comme sa Matapof (Machine A Tirer à Pile Ou Face) ? Son invention est qualifiée par les journaux spécialisés en informatique de « curiosité financière ».
  • Un inventeur pas assez conformiste
    Roland Moreno était autodidacte, bricoleur de génie. Non diplômé, il était suspecté d’être soit un usurpateur, soit un charlatan. Il a dû faire face à de nombreux procès et fausses rumeurs qui visaient à discréditer son invention.
  • Les banquiers n’y croyaient pas
    Les banquiers préféraient des systèmes où la signature était préservée, comme la carte à piste magnétique qu’ils connaissent déjà. Ils considéraient que taper un code à 4 chiffres changeait trop les habitudes. Ils ont privilégié des projets concurrents de reconnaissance biométriques qui étaient compliqués, moins fiables et instables. Cela a occasionné des pertes de temps considérables.
  • Les informaticiens bancaires n’en voulaient pas
    Ils rêvaient d’un réseau d’ordinateurs implantés chez les commerçants reliés à l’ordinateur central des banques, une sorte de Big Brother bancaire appelé « informatique on-line en temps réel ». Or dans les années 70, l’interbancarité n’existait pas encore. Et l’infrastructure téléphonique n’était pas suffisamment performante. Bien que la carte à puce de Moreno fût beaucoup plus simple, pratique et fiable, ils s’y opposèrent avec détermination.

Ce n’est qu’à partir de 1983, que la carte à puce connait un développement de masse. France Télécom remplace les cabines téléphoniques à pièces (trop souvent vandalisées) par des cabines à cartes. Ce n’est que grâce à ce marché périphérique, les cabines téléphoniques, que le marché initialement visé, celui des banques, ouvrit enfin ses portes.

Quelle leçon peut-on en tirer ?

Il s’agit d’un cas fréquent où des usines à gaz sont préférées à des solutions simples et pragmatiques. L’inventeur isolé est un outsider qui vient perturber des projets déjà en place.

Lorsque votre innovation va à l’encontre du schéma mental dominant, vous devez chercher un marché de niche connexe dans lequel les clients ont moins peur de changer leurs habitudes, pour peu que vous leur apportiez un bénéfice important. Lorsque les banques ont constaté que les Télécartes fonctionnaient bien, elles ont accepté le projet de cartes bancaires.

Source : La carte à puce, histoire secrète
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