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Ubérisation : les conducteurs de travaux sont-ils concernés ?

ubérisation dans le bâtimentRécemment, un de mes clients, acteur important dans le domaine du bâtiment, m’a posé quelques questions… Il avait en tête plusieurs idées d’innovations de rupture, parmi lesquelles un projet de plateforme numérique qui offrirait aux particuliers les services d’un conducteur de travaux.

Concrètement, ce service aurait consisté à écouter les besoins du client, les transformer en spécifications techniques par métier (maçonnerie, menuiserie, couverture, plomberie, électricité, etc.) et à diriger les entreprises pour exécuter les travaux.

Le client voulait savoir si ce projet d’ubérisation était viable…

Actuellement l’ubérisation est dans tous les esprits et les entreprises de tous les secteurs sont sur le qui-vive. En effet, la question est de savoir si des succès tels que ceux d’Uber ou d’Airbnb sont généralisables à tous les types de service…

Dans le secteur du bâtiment, de nombreuses plateformes de mise en relation entre les particuliers et les artisans existent déjà. Certaines d’entre elles automatisent le calcul du devis. Mais il s’agissait pour mon client d’aller plus loin…

L’idée, au premier abord, paraissait brillante et prometteuse, mais il fallait y regarder de plus près… Et notamment vérifier si deux conditions nécessaires étaient remplies.

1. La première condition de succès est la valeur ajoutée

Il faut que la plateforme apporte suffisamment de valeur ajoutée aux deux types d’utilisateurs qu’elle met en relation.

  • Par exemple, chez Airbnb, la valeur ajoutée pour le particulier qui loue un bien immobilier réside dans un complément de revenu. Le touriste quant à lui profite d’un tarif moins élevé et d’un dépaysement par rapport aux chambres d’hôtels.
  • Chez Uber, la valeur ajoutée de la plateforme réside en une très grande commodité pour les clients et des revenus pour les chauffeurs.
  • Pour le cas de mon client, la valeur apportée aux particuliers était forte : en offrant les services d’un conducteur de travaux, la plateforme pouvait résoudre un problème majeur pour les particuliers : apporter la compétence pour trouver la meilleure solution, recruter des entreprises fiables et éviter les difficultés durant les travaux. De la même manière, la valeur ajoutée pour les entreprises du bâtiment était forte. Elle leur permettait de trouver des clients sans avoir à les démarcher elles-mêmes. Cette première condition était donc bien remplie.
2. La deuxième condition de succès est l’extensibilité de la plateforme

Il faut que la plateforme soit suffisamment extensible pour satisfaire à la demande qui peut croître de manière exponentielle si le service est un succès. Malheureusement la fonction de conducteur de travaux est complexe et demande des compétences larges : compétence technique, de gestion de projet et de compréhension des besoins des clients. C’est une fonction qui ne peut être automatisée et demande à être menée par des professionnels. Les conducteurs de travaux qui savent faire ce travail correctement sont rares et recherchés. Par conséquent, la plateforme envisagée n’est pas facilement extensible : cette deuxième condition de succès n’est pas remplie.

Même si la première condition de succès est remplie, la deuxième ne l’est pas. Nous en avons conclu que cette idée n’était pas viable et nous l’avons éliminée de notre liste d’idées. Ce qui a libéré les énergies pour d’autres innovations plus prometteuses. (Pour des raisons de confidentialité, je ne pourrai vous en parler que lorsque les projets auront abouti…)

Cela ne signifie pas que l’ubérisation ne peut pas avoir lieu dans le domaine du bâtiment. D’ailleurs, on observe l’apparition de plateformes de mise en relation des particuliers et des entreprises. Cependant, ces plateformes se concentrent essentiellement sur des fonctions qui sont facilement automatisables : la mise en relation, le calcul automatique d’un devis pour des prestations simples. Elles peuvent ainsi facilement étendre ce service à de nombreux clients et entreprises. Mais elles évitent les prestations qui empêchent la plateforme d’être extensible.

Quelles leçons peut-on en tirer ?

Lorsque vous envisagez un projet d’ubérisation en mettant en relation deux clientèles, vérifiez que vous avez rempli deux conditions essentielles :
– La plateforme apporte des bénéfices forts aux deux clientèles
– La plateforme est suffisamment extensible et pour s’ajuster à une croissance exponentielle qui se manifestera lorsqu’elle rencontrera le succès.

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Ubérisation de votre secteur, ce que la prospective peut vous apporter…

Ubérisation et prospective

Nous avons abordé le problème de l’ubérisation sous 3 approches différentes :

– Article Votre secteur est-il en danger d’ubérisation ? : quelle attitude adopter si un acteur du numérique attaque votre secteur.
– Article Un nouveau business model pour prendre le tournant du digital : l’ubérisation, c’est toujours une révolution du business model. Comment utiliser la matrice du business model pour adapter le vôtre.
– Article Ubérisation de votre secteur, l’approche du job-to-be-done : comment faire évoluer votre offre en produisant plus de valeur pour innover.

Pour compléter cette série sur l’ubérisation, voici une approche très fertile qui ouvre l’esprit de l’innovateur : la prospective.

La prospective, ça sert à quoi ?

La prospective vous permet d’élargir votre perception de ce qui est possible. Elle vous aide à trouver l’inspiration pour créer une innovation disruptive. Elle vous aide à anticiper une menace et mieux la contrer.

Contrairement aux idées reçues, il ne s’agit pas de prévoir le futur, mais d’ouvrir l’esprit à des futurs possibles. En effet, grâce aux techniques de prospective, vous pouvez construire des « scénarios du futur » à la fois réalistes et radicalement différents du présent. Cela vous permet de ressentir concrètement comment les évolutions de la société, des technologies et des marchés peuvent créer des opportunités et des menaces. Vous évitez ainsi un écueil courant : voir le futur comme la continuité du présent avec quelques variations.

Concrètement, dans quelle situation utiliser la prospective ?

La prospective se révèle particulièrement utile si vous cherchez à atteindre un des 3 objectifs qui suivent…

  1. Vous préparer aux changements profonds qui peuvent affecter votre activité

    La prospective vous permet de clarifier votre vision des changements à venir. Il y a 10 ans, j’ai mené un travail de prospective avec un de mes clients qui faisait fabriquer ses produits en Chine et rencontrait le problème suivant : les salaires chinois augmentaient régulièrement et il pressentait que sa structure de coûts allait devenir intenable.

    Que devait-il faire ? S’il relocalisait la production, il pouvait dire adieu à sa compétitivité. S’il choisissait un autre lieu de fabrication, il perdait la qualité et la performance technique acquises.

    Nous avons donc créé des « scénarios du futur ». Même s’ils ne se sont pas réalisés tels que nous les avions conçus, ces scénarios ont mis en évidence l’impact sur le business de tendances qui n’étaient alors qu’émergentes. Mon client a compris que les bouleversements du secteur n’étaient pas limités à l’augmentation des coûts. C’était aussi des tendances lourdes comme la migration des ventes vers l’internet ou la créativité enthousiaste des communautés d’utilisateurs.

    Cette nouvelle vision lui a permis, dans un premier temps, d’améliorer sa compétitivité par des actions non liées aux coûts de revient. Par exemple, il a mis en ligne des outils simples et conviviaux qui permettent aux internautes de connaître en détails les produits avant de les acheter. Il a fait évoluer son organisation pour concrétiser rapidement les idées émises par la communauté.

    Ensuite, en suivant des pistes de recherche apparues dans les scénarios, mon client a identifié, dans un secteur très éloigné du sien, des technologies de fabrication qui ont résolu son problème de coût. Il a pu réduire par un facteur 5 les coûts de main-d’œuvre chinoise jugés trop onéreux. Grâce à l’ensemble de ces actions, il a transformé la menace en avantage concurrentiel pérenne.

  2. Définir une nouvelle stratégie dans un contexte d’incertitude

    Le problème est que lorsque vous menez une innovation de rupture, vous vous lancez dans l’inconnu. Vous êtes amené à provoquer des changements radicaux dans plusieurs domaines si bien qu’il devient difficile de classer les idées pour les traiter de manière rationnelle.

    J’ai mené récemment un travail pour mettre en place une innovation de rupture avec un de mes clients. Il se trouvait confronté à la difficulté d’évaluer les différentes possibilités envisagées. L’équipe avait émis plusieurs hypothèses de stratégies possibles qui créaient une situation de partenariat inédite et des relations nouvelles entre les concurrents.

    En créant des scénarios du futur, nous avons pu mettre en évidence les conséquences pratiques de ce partenariat et la réaction possible des acteurs ainsi que l’impact sur le marché. Ce travail a mis en évidence le fait qu’aucune des hypothèses envisagées n’était réaliste. Par contre, il a permis de créer une autre hypothèse originale, différente de celles qui avaient déjà été envisagées. Celle-ci a pu ensuite être mise en œuvre avec succès.

  3. Améliorer votre capacité et celle de votre équipe à percevoir les signaux faibles

    La plupart des innovations qui dominent notre vie n’avaient pas de réalité il y a juste 5 ans. Par exemple, il y a 5 ans, aurions-nous pu imaginer les usages suivants : construire des bâtiments ou des ponts avec une imprimante 3D ? Faire des films avec des drones équipés de caméras ? Se déplacer dans une voiture autonome sans conducteur ?

    Nous percevons toutes sortes d’informations : certaines d’entre elles constituent des signaux faibles qui sont des sources d’opportunités. Malheureusement notre cerveau est entrainé à éliminer toutes les informations que nous jugeons aberrantes, par exemple des usages inédits. C’est pourquoi il est difficile d’imaginer l’impact de ces usages sur votre activité.

    La prospective offre le moyen de gommer cet écueil. Lorsque vous avez créé des scénarios où vous avez mis en scène de nouveaux usages, alors, dans votre esprit, ces usages ne sont plus des utopies. Il n’est pas important que les scénarios que vous avez établis se réalisent. Ce qui est important, c’est que vous ayez élargi l’espace de votre conscience.

Cette approche par la prospective présente un intérêt considérable pour votre entreprise. Mais vous devrez la combiner avec les méthodes de la matrice du business model et l’approche « job-to-be-done », tout en vous posant les bonnes questions… Alors, êtes-vous prêts pour la transformation numérique de votre secteur ou de votre entreprise ?

J’aide mes clients à faire face aux disruptions et bouleversements sur leurs marchés et à devenir, à leur tour, les créateurs d’innovations de rupture.

N’hésitez pas à amorcer une discussion, apporter vos témoignages, vos objections ou à poser des questions. Vous pouvez aussi prendre contact avec moi directement si vous le souhaitez.

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