Archives pour la catégorie ‘Innovation de rupture, définition’

Innovation de rupture, connaitre la typologie pour adopter la bonne stratégie

La typologie de l'innovation de ruptureAu fil des réflexions de part et d’autre de l’Atlantique, le concept d’innovation de rupture s’affine. Les discussions et les études se multiplient et il en ressort une typologie nouvelle.

Pourquoi une typologie de l’innovation de rupture ?

Parce que chaque type d’innovation de rupture a sa propre dynamique. Selon le type, les clients l’adoptent plus ou moins rapidement, la réaction des concurrents est plus ou moins forte.

Cette typologie vous aide à mettre au point votre stratégie

En fonction de tous ces éléments, vous serez en mesure d’établir des objectifs et un plan d’action réalistes. Vous pourrez aussi élaborer des stratégies avec le modèle d’affaires et la cible adéquats. Chaque type de disruption a un impact sur la vitesse de développement, les résultats et la réussite de votre entreprise. C’est pourquoi cette typologie vous apportera une aide précieuse et concrète.

  1. La rupture de sens
    Elle innove en donnant un nouveau sens au produit ou au service. C’est par exemple l’iPhone qui transforme le smartphone en appareil universel facilitant la vie grâce à de multiples applications faciles à manipuler. C’est Nest qui transforme le thermostat en organe intelligent capable de comprendre les besoins des habitants de la maison et se programme tout seul pour combiner confort et économie d’énergie. C’est la Tesla Model S qui transforme la voiture électrique en voiture de luxe, puissante, silencieuse et non polluante.
  2. La rupture « nouveau marché »
    Elle crée un marché en permettant à des clients de faire quelque chose qui n’était pas possible auparavant. C’est par exemple Netflix qui s’est lancé en louant des DVD livrés par la poste, évitant à ses clients de se déplacer dans un magasin. C’est le Cirque du Soleil qui crée un spectacle inédit à mi-chemin entre le cirque et la comédie musicale. C’est Autolib qui met une voiture à disposition de citadins qui n’en possèdent pas.
  3. La rupture « par le bas »
    Elle rend accessible une solution à des clients qui n’avaient pas les moyens de l’acheter. Ce sont par exemple les vols lowcost dans le transport aérien. C’est la voiture Logan de Dacia. Ce sont les magasins de meuble IKEA. C’est le compte Nickel dans le domaine des comptes de paiement.
  4. La rupture « big bang »
    Elle surpasse les solutions existantes et se diffuse à la vitesse de l’éclair. C’est par exemple l’application de navigation Waze sur Smartphone qui surpasse les navigateurs de TomTom ou Garmin et a vécu une croissance exponentielle depuis sa création en 2008. Ce sont aussi Twitter, Uber, Airbnb, Blablacar ou l’App Store.

Ces types d’innovation de rupture ont été décrits par différents auteurs au cours des dernières années. C’est Clayton Christensen qui est l’auteur de la rupture par le bas (« The innovator’s dilemma », 1997) et de la rupture nouveau marché ( « The innovator’s solution », 2003). Plus tard, Roberto Verganti a introduit le concept d’innovation par le sens (« Design driven innovation », 2009). Enfin, Larry Downes et Paul Nunes ont mis au point le concept de rupture big bang (« Big bang disruption », 2014).

Un guide pour prendre les bonnes décisions

Je prépare un ouvrage sur l’innovation de rupture qui va paraitre aux Editions Eyrolles en mai 2017. C’est un travail qui a pour objectif de vous conseiller sur les meilleures stratégies et les méthodes les plus adéquates pour votre projet d’innovation. Il vous servira de guide pour y voir plus clair dans le foisonnement actuel.

Par ailleurs, je prépare, en collaboration avec Patrick Cohendet et Laurent Simon, professeurs à HEC Montréal, un ouvrage sur les communautés d’innovation.

Si vous êtes inscrit à ce blog, vous serez informé, en avant-première, de la parution de ces ouvrages. Pour vous inscrire, cliquez sur ce lien.

Voir aussi : Communautés et entreprises : un nouveau rôle à jouer pour le gestionnaire

Facebooktwittergoogle_plusredditpinterestlinkedinmailby feather

L’innovation de rupture chez Tesla

Innovation de rupture TeslaEn avril 2016, Tesla a réussi un tour de maître : obtenir 400 000 précommandes venues du monde entier, pour le modèle Tesla 3, une voiture qui ne sortira au mieux qu’un an plus tard. Mais sa réussite va beaucoup plus loin…

Une innovation de rupture rondement menée

L’exemple de Tesla illustre bien le concept d’innovation de rupture, qui consiste à rendre accessible aux clients une solution qui parait hors de portée. Il existe trois façons de la faire :

  • soit par la valeur ajoutée en apportant à vos clients quelque chose qui leur parait inaccessible et inespéré,
  • soit par le prix en apportant une solution à un prix nettement inférieur,
  • soit vous combinez ces deux premières possibilités.

Voir aussi L’innovation de rupture pour les nuls.

En quoi la voiture Tesla est-elle une innovation disruptive ?

Avec la gamme Tesla, son patron Elon Musk a rendu accessible une solution qui paraissait hors de portée : une voiture électrique chic qui fasse rêver.

Il se démarque de ses concurrents pour qui la voiture électrique est une petite voiture citadine dont l’utilisation est limitée aux petits trajets courts. Il crée une voiture qui fait rêver les clients. Ce sont des voitures de luxe (pour la Tesla S ou X) ou de haut de gamme (pour la modèle 3) que les clients sont fiers de montrer à leur entourage : que ce soit grâce au design, à l’accélération, au silence du moteur, ou aux fonctions de conduite automatique… Il réussit à positionner sa marque comme « unique class », celle que les clients désirent sans la comparer aux concurrentes.

Pour en savoir plus sur les stratégies de différenciation, vous pouvez lire Etre le meilleur n’est pas la question

Les points clés de la stratégie d’innovation de Tesla

Attention, l’innovation de rupture n’est pas limitée au seul produit. Ce qui a permis à Tesla de réaliser son innovation disruptive, c’est que la marque a bouleversé les fondamentaux du secteur automobile :

  • Tesla ne distribue pas ses voitures par un réseau de concessionnaires, mais il les vend en direct : il expose les produits dans des showrooms et propose au client de commander par internet.
  • Tesla offre une maintenance simple et peu coûteuse : les mises à jour de logiciel permettant de résoudre les défauts se font automatiquement et gratuitement.
  • Les recharges des batteries dans les stations Superchargers sont gratuites pour les modèles S et X.
  • L’entreprise est très intégrée verticalement et utilise beaucoup moins de fournisseurs que les fabricants traditionnels. Par exemple, elle investit dans des usines Giga Factory pour fabriquer elle-même ses batteries.
  • Tesla met ses brevets à disposition de ses partenaires et concurrents pour accélérer la dynamique innovante du secteur.
Non, Tesla n’a pas fait de rupture technologique

On confond souvent « innovation de rupture » et « rupture technologique ». L’innovation de rupture est avant tout un concept, une stratégie.

Les technologies de motorisation électrique sont connues depuis longtemps. Concernant les batteries, Tesla a utilisé des pack de batteries au lithium-ion, une technologie éprouvée et connue avec lesquelles sont alimentés les smartphones et les ordinateurs portables. Pour résoudre le problème de l’autonomie des batteries, il a réussi à faire coexister des milliers de petites batteries classiques (lithium-ion) sans risque d’incendie.

Donc on ne peut pas parler de rupture technologique, mais plutôt d’une technologie qui permet l’utilisation d’une ancienne technologie dans un contexte nouveau. Comme personne d’autre que lui n’a eu cette idée, cela lui apporte un avantage concurrentiel certain.

De même, le réseau de recharges automatiques n’est pas une technologie de rupture. C’est une solution astucieuse qui compense l’absence de stations de recharge (qui sont l’équivalent des stations essence) sur le territoire.

Il est pourtant sur le point de révolutionner le secteur de l’électricité

Pour ses batteries, il a privilégié la simplicité à la sophistication. Plutôt que d’utiliser des grosses batteries complexes, le patron de Tesla a utilisé une multitude de petites batteries dont la technologie est mature. Il s’est inspiré de Google qui, pour ses centres de calcul à haute performance, a préféré des assemblages de PC peu onéreux aux superordinateurs du marché.

Sa vision décentralisée de la distribution de l’électricité l’amène non seulement à révolutionner l’usage de l’automobile, mais aussi celui de l’électricité. En 2006, il investit dans la société SolarCity qui installe des panneaux solaires et en 2015, il présente le PowerWall, batterie domestique qui se recharge à l’énergie solaire. Les deux offres SolarCity et PowerWall se rejoignent. Le marché du stockage de l’énergie solaire est un marché lucratif, notamment dans les pays où l’électricité est chère et où le réseau est peu fiable. C’est un marché décentralisé de production d’énergie qui concurrence la fourniture centralisée d’électricité depuis les centrales.

Tesla redéfinit à la fois les marchés de l’énergie et de l’automobile. Pour les constructeurs automobiles, le cœur était le moteur à explosion. Pour les opérateurs d’énergie, le cœur était la centrale électrique. Dans la définition du marché par Tesla, le cœur est la batterie. Elle apporte une solution au problème du stockage de l’électricité et à l’autonomie des voitures électriques. Ce faisant, Tesla exploite une nouvelle synergie entre les deux secteurs de l’automobile et de l’énergie. Tesla, les disrupte et en fait exploser les frontières.

Voir aussi L’innovation de rupture dans le secteur automobile
Voir aussi La différence entre rupture technologique et innovation de rupture

Facebooktwittergoogle_plusredditpinterestlinkedinmailby feather