Comment Emmanuel Macron s’est inspiré des communautés d’innovation

Macron et la communauté d'innovation

Je remarque de nombreux points communs entre la stratégie suivie par Emmanuel Macron, pour monter son mouvement En Marche et le management des communautés d’innovation au sein d’organisations performantes.

Au démarrage, tout commence par un groupe très restreint…
  • Autour d’Emmanuel Macron, En Marche a été initié par un petit noyau de personnes qui se connaissent depuis longtemps et s’estiment. Par exemple, Julien Denormandie (secrétaire général adjoint d’En marche) devait créer avec Macron une start-up en 2014. Guerini, Miquel et O, ont été admis ensemble à HEC en 2002, etc.
  • De la même façon, les communautés d’innovation démarrent par un petit groupe : la communauté Renault est partie d’un petit cercle d’individus qui se connaissaient bien et se faisaient confiance, comprenant des personnes de Renault et de l’extérieur,
  • Hacking Health, la communauté où les professionnels de santé et les programmeurs innovent ensemble, a été fondé par un petit groupe de 4 personnes très proches qui ont mis en place le premier Hackathon.
Une vision de départ imprécise mais attirante

Il ne s’agit pas d’un programme. C’est ce qu’on appelle un « manifeste » dans le langage des spécialistes des théories sur les communautés. Cette vision est composée :

– d’une frustration
– d’un élan positif
– d’une volonté de casser les règles

  • Le Mouvement En Marche est parti d’un manifeste qui exprimait une frustration : « le mal français c’est celui d’un pays sclérosé par les blocages » ; un élan positif : « notre pays a les atouts pour réussir » et une volonté de casser les règles : « ni gauche, ni droite », « penser de manière radicale les mesures dont on a besoin mais le faire calmement » (source Le Huffington Post, 6 avril 2016).
  • La vision des créateurs de la communauté d’innovation de Renault comprenait une frustration : « il n’est plus possible de continuer à innover comme avant » ; un élan positif : « nous avons toutes les ressources pour être aussi performants que les innovateurs de la Silicon Valley » et un désir de casser les règles : « créer une communauté qui dépasse les frontières de l’entreprise et regroupe des expertises les plus diverses possibles ».
Au cœur de chaque communauté, des événements…
  • L’animation du Mouvement En Marche est ponctuée d’évènements nationaux ou régionaux et aussi de nombreux évènements locaux à l’initiative des animateurs de comités locaux.
  • Chez Hacking Health, les hackathons forment le cœur de l’activité de la communauté : ce sont des évènements où les participants sont en compétition pour développer des prototypes de solutions en un temps limité.
  • La communauté Renault organise tous les trois mois un événement d’une journée qui réunit tous ses membres.
Mobilisation des membres dans des projets
  • Un exemple de projet est la « Grande Marche » du 28 mai au 28 juillet 2016 où des « marcheurs » (environ 6000) ont écumé la France en faisant du porte à porte avec un questionnaire à la main : 100 000 conversations avec les citoyens et 25 000 questionnaires remplis.
  • Chez Hacking Health, dans ces hackathons, les participants forment des petits groupes pour qui travaillent sur des projets.
Au sein de chaque communauté, le débat d’idées…
  • Le programme d’En Marche a été établi à partir de débats d’idées à tous les niveaux.
  • Que ce soit dans les communautés Hacking Health ou Renault, les évènements sont l’occasion pour les participants de confronter des points de vue très divers pour et de créer de nouveaux courants de pensée.
Un état d’esprit de communauté :

Les 3 composantes essentielles sont :

– l’ouverture et la diversité
– l’autonomie
– une attitude de start-up, c’est-à-dire faire avec les moyens disponibles sans trop se poser de question

  • Au sein du mouvement d’Emmanuel Macron, tout le monde peut adhérer, même s’il appartient déjà à un parti (ouverture et diversité). N’importe qui peut se proposer pour créer et animer un comité local (autonomie). On se débrouille avec peu de moyens, comme la vidéo de lancement qui a été faite très vite (en utilisant des séquences disponibles dans des banques d’images étrangères).
  • Chez Hacking Health, les hackathons sont ouverts à toutes les bonnes volontés à condition qu’elles adhèrent à la mission de la communauté et qu’elles aient les compétences pour apporter une valeur ajoutée. Hacking Health attire des profils très divers qui ont rarement l’occasion de se rencontrer : professionnels de santé, programmeurs informatiques, designers, entrepreneurs. Les participants peuvent se proposer pour devenir organisateurs d’évènements ou coordonner l’action d’un chapitre (autonomie). Et les participants forment des petites équipes pendant les hackatons pour créer en 48 heures des projets qui pourront aboutir à des vraies réalisations (attitude start-up).
Les communautés réussissent par l’engouement qu’elles provoquent

– croissance rapide du nombre d’adhérents
– mobilisation continue de ses membres

  • La communauté En Marche rassemblait 80 000 adhérents au bout de 6 mois, puis 300 000 au bout d’un an. La passion communicative des membres, et le dialogue mis en place (recueil des aspirations lors de la Grande Marche et lors des débats dans les comités locaux)continue à séduire de nouveaux membres.
  • La communauté Hacking Health a provoqué un engouement tel que, créée en 2012 à Montréal, elle s’est développée rapidement avec une présence dans plus 45 villes sur 5 continents (dont Strasbourg, Zurich, Bucarest, Hong Kong, Cape Town, Detroit).

Le succès fulgurant d’Emmanuel Macron, qui était encore inconnu du grand public en 2014 est une véritable disruption dans le paysage politique traditionnel. Ni les partis, ni les commentateurs politiques n’ont pu anticiper ce séisme.

Leur erreur d’appréciation a été de croire que ce mouvement était un parti comme les autres, alors qu’il s’agissait d’une communauté…

Mais maintenant qu’Emmanuel Macron est à la tête de l’Etat, saura-t-il préserver au sein de La République En Marche l’esprit ouvert si caractéristique de la communauté d’innovation ? Ou bien laissera-t-il ce mouvement se transformer en un parti comme les autres, empêtré dans les conflits et les ambiguïtés, perdant ainsi la fraicheur et l’énergie qui a fait son succès ? Comme c’est le cas dans toutes les communautés, le futur n’est jamais acquis.

L’ouvrage Les communautés d’innovation, de la liberté créatrice à l’innovation organisée décrit en détail les communautés Renault, Hacking Health, et bien d’autres encore…

Les communautés d'innovation

Vous pouvez le commander en cliquant sur ce lien :
Les communautés d’innovation,
de la liberté créatrice à l’innovation organisée

de Benoit Sarazin, Patrick Cohendet et Laurent Simon
aux Editions EMS Management & Société

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8 commentaires

  • Un superbe article!
    Tellement inspirant que je m’empresse de le partager!
    Félicitations Benoit!
    C’est toujours un plaisir de te lire!

  • Tres bel article et bravo pour avoir fait le rapprochement !

    Vous êtes vous demandé si cela a été fait consciemment (calcul) ou si cela dérive de pratiques sociales qui (re)deviennent naturelles ?

    • Je pense que c’était tout à fait intentionnel de la part de Macron, et que l’inspiration est venue de la démarche d’Obama dans sa campagne il y a 5 ans : ce dernier a été un pionnier dans l’activation de communautés de « fans ». Je ne pense pas que cette démarche soit naturelle, en tout cas pas dans la sphère politique. En effet, cette démarche exige que le leader de la communauté lâche prise car il ne peut qu’inspirer la communauté sans jamais la contrôler ni dicter ses actions. En effet les membres d’une communauté ont besoin qu’on leur laisse toute liberté d’expression et d’autonomie pour se mobiliser : c’est la condition pour que la communauté se développe et attire de nouveaux membres. Par contraste, le leader d’un parti traditionnel dirige son parti, lui donne les directives et impose sa volonté. La démarche de communauté est une véritable révolution culturelle qui viole le fonctionnement des partis traditionnels. Cela explique que les partis traditionnels se montrent incapables intégrer une telle démarche, qu’ils n’ont d’ailleurs probablement même pas compris.

  • Bien vu pour le rapprochement, article très intéressant (comme beaucoup d’autres ^^)
    Pas évident de fédérer une aussi grosse communauté en si peu de temps …

  • – « On ne résout pas un problème avec les modes de pensées qui l’ont engendré » Albert. Albert Einstein,
    Juste pour remettre en mémoire qu’E Macron est le père de la French Tech…
    D’Annecy et Chambéry, dans une labellisation « In The Alps » la French Tech est là pour instiller ce mode de création sur les Savoie.
    Comme l’article le sous-entend, il s’agit de réveiller la « créativité efficace » et l’envie de contribuer à un monde meilleur qui dorment dans chacun de nous. Cela passe par un changement d’attitude et d’appréhender les faits d’une manière positive et dépourvue de préjugés.
    Ce approche crée souvent de l’émotion car les principes structurants du quotidien sont parfois remis en cause et la portée des idées est amplifiée par le potentiel d’automatisation et de diffusion des outils numériques.
    En creusant un peu dans le tissus local, beaucoup d’activités ont été impactées par ce changement d’approche et se sont adaptées, en silence mais très efficacement…
    Nous savons également que des structures comme Thésame-inovation ou Citia sont en pointe et savent canaliser les initiatives pour créer de la valeur dans nos vallées.
    Ce mode de développement et bien présent autour de nous, au travers des « fibres » qui se font parfois attendre, et les modes de travail vont évoluer. C’est le prochain sujet, qui ne devra pas souffrir d’immobilisme ni résistance face aux modèles obsolètes : nous devons nous méfier de nous même car nos voisins utilisent largement le numérique pour tirer la valeur à eux…

    • Merci pour ce rappel sur le rôle d’Emmanuel Macron dans la French Tech. Je suis comme vous très heureux de voir un optimisme que nous n’avions pas vu depuis longtemps en France. J’ai travaillé pendant 7 ans dans la Silicon Valley en Californie et j’y percevais cet esprit optimiste qui fait penser que tout est possible. Je trouvais alors l’esprit français bien décevant : nous préférons nous plaindre et critiquer constamment . Aujourd’hui, j’ai l’impression que l’inverse se passe. Les français devienne optimistes, et l’Amérique de Donald Trump (tout au moins une partie du pays…) tombe dans la haine et le négativisme. Cela me fait plaisir et j’espère que ce nouvel état d’esprit nous aidera à innover. Je suis persuadé que nous avons les talents nécessaires en France pour être un pays très innovant.

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