Quand le livre numérique prendra-t-il son envol ?

L’annonce très médiatisée de l’iPad met un nouveau pavé dans la mare du livre numérique. Après le kindle d’Amazon, l’E-reader de Sony, les lecteurs ont un appareil de plus pour bouquiner sur un écran. C’est une innovation de rupture qui peut boulerverser le monde du livre. Mais quand arrivera-t-elle ? Avec quelle ampleur ? C’est la question que se posent à juste raison les professionnels de l’édition. 

Le livre numérique ne balaiera pas les supports existants du jour au lendemain. Pour s’en convaincre, il suffit d’en étudier l’équation économique. Les innovations de rupture les plus percutantes sont celles qui tordent le cou aux business models existants en créant une valeur supérieure pour les clients à un coût inférieur pour les fournisseurs. Examinons d’abord la question de la valeur pour les clients. Tant que le livre numérique est une copie conforme du livre papier, les bénéfices pour les utilisateurs sont limités. Le vrai bénéfice arrivera lorsque le livre aura un véritable contenu multimédia. C’est ce qu’affirme très justement Emmanuel Benoit dans son article « iPad : une révolution ? ». Regardons maintenant la question des coûts pour les fournisseurs. Le livre devenant immatériel – parce que numérique – on s’attend à ce que son coût de production soit une fraction du coût d’un livre papier. C’est faux. Le SNE (Syndicat National de l’Edition) nous explique le contraire. Le coût du livre numérique est le même que celui du livre papier. En effet, avec le numérique, on économise l’impression. Or celle-ci représente seulement 15% du coût total. Par contre, de nombreux coûts liés à la technologie numérique se rajoutent et effacent ce gain. On le voit, l’équation économique empêche le livre numérique de remplacer à grande échelle son ancêtre imprimé – au moins à court terme. 

Comme c’est le cas de toutes les innovations de rupture, le succès se manifestera d’abord sur des niches avant d’embraser un marché plus large. La vraie question pour les éditeurs est de déterminer quelles sont les niches porteuses. Nous avons quelques indices pour les identifier. 

Une autre niche possible est celle des livres dont le contenu se prête naturellement au multimédia. J’ai lu récemment le livre d’Eric-Emmanuel Schmitt « Ma vie avec Mozart ». L’auteur raconte comment les œuvres du compositeur ont transformé sa vie. Il ajoute une dimension auditive à son texte en offrant au lecteur d’écouter un morceau de Mozart qui illustre chacun de ses chapitres. Le résultat est une réussite. C’est un livre touchant où s’exprime un océan d’émotions profondes, riches et colorées, rythmées par les flots de la musique. Il est présenté comme un livre broché avec un CD glissé dans la couverture que le lecteur peut lire sur un lecteur de CD séparé. C’est une œuvre parfaitement adaptée à un support numérique multimédia.  Un autre exemple est le livre de Jean-Marie Pelt et Jean-Pierre Cuny « La prodigieuse aventure des plantes ». Les auteurs racontent des histoires surprenantes sur la vie des végétaux. Le texte est truffé de jeux de mots cocaces et d’anecdotes croustillantes qui avivent l’attention du lecteur. Mais il manque souvent d’illustations sous forme de photos ou vidéo qui donneraient du relief aux descriptions des plantes, arbres, fleurs et insectes. 

La solution pour les éditeurs consiste à cibler ces niches. Les premiers succès leur permettront de créer un nouveau marché qui ne remplacera sans doute pas le marché existant mais l’enrichira pour le grand bonheur des lecteurs. 

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2 commentaires

  • belles idées Benoît …. tu me donnes envie de lire le livre de SCHMIDTT.
    merci – jacqueline

  • Bonjour Laurent. Merci pour le lien vers le site de Patrick qui donne un point de vue très pertinent. Vous avez raison, les chiffres de ventes d’Amazon sont très élevés. Je suppose que ces statistiques portent sur le marché US où le Kindle a été disponible en premier et où les titres de livres numériques sont plus nombreux qu’en France. En tout cas, la tendance est définitivement positive !

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