Archive for mars, 2010

La Chine déloge les occidentaux en Afrique

J’ai assisté hier à un débat passionnant du Chinform (Institut de Formation Chine) et je vous en livre ici mon analyse. La Chine est en train de réaliser un coup de maître : dominer l’économie africaine aux dépends des Européens et des Américains. Les investissements chinois sur le continent Africain s’élèvent à 875 Millions de dollars sur les 9 premiers mois de l’année 2009 et sont en hausse de 77% entre 2008 et 2009 ( source : Le quotidien du peuple en ligne). Elle finance la construction de routes, de chemins de fer, d’hôpitaux et d’écoles. Ses entreprises y gagnent une place enviée au détriment de leurs concurrents occidentaux. 

La stratégie chinoise séduit les Africains parce qu’elle  répond à leurs besoins. Les chinois flattent les dirigeants en finançant des projets ambitieux : ils ont construit un magnifique palais des congrès à Yaoundé au Cameroun. Ils charment les intellectuels en accueillant les étudiants africains avec des bourses généreuses dans les universités chinoises . Mais ils s’intéressent aussi à la moitié de la population camerounaise qui vit avec un revenu inférieur à 2 euros par jour. A Yaoundé, ils ont bâti un hôpital où les pauvres peuvent se faire soigner gratuitement. Les cinémas n’existant pas dans le pays, ils savent que le peuple se tourne vers le sport pour se distraire. Ils ont construit un complexe sportif somptueux dans la même ville. Enfin, ils permettent aux Africains d’accéder au rêve du confort occidental affiché dans les séries télévisées américaines à un prix abordable : dans les maisons, les téléviseurs et machines à laver sont d’origine chinoise.  

Les occidentaux tentent de décrédibliser la tactique chinoise en utilisant les ONG pour dénoncer les manquements de la Chine aux droits de l’homme et mettre en question sa sincérité vis-à-vis de l’Afrique. Rien n’y fait. La presse et les partis d’opposition africains continuent à critiquer violemment les Européens qui furent leurs colonisateurs. A l’inverse, ils sont plein d’éloges pour ces chinois qui leur apportent un soutien utile et tangible.

La stratégie chinoise peut être fatale pour les entreprises occidentales. En effet, les chinois appliquent un des principes clé de l’innovation de rupture : choisir des règles du jeu que les adversaires ne peuvent pas suivre. L’entreprise de séduction des chinois repose sur deux atouts qui sont hors de portée pour les Occidentaux. D’une part, la capacité financière de la Chine l’autorise à investir sans attendre de retour à court terme. D’autre part, sa capacité à exporter des produits à bas prix lui donnent le moyen d’alimenter la population des produits dont ils rêvent. La menace des entreprises chinoises se renforce de jour en jour. Grâce à l'ancienneté de sa présence dans le continent africain, la France a encore une chance de la contrer. Mais elle devra faire preuve de beaucoup d'imagination et de pertinence.  

Encore bravo à Jérémie Ni pour avoir organisé ce débat. Et merci aux brillants présentateurs : M. LIU Haixing, Benjamin Pelletier et Guy Gweth.  

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IKEA : la révolution à petits pas

IKEA a réussi une innovation de rupture dans la distribution de meubles. Pour ses concurrents, c’est une révolution. Elle a l’allure d’un soulèvement qui naît au sein d’un parti, embrase le peuple et renverse le monarque régnant. Elle est brutale, violente, irréversible, préméditée.

Pourtant, les membres de l’équipes d’IKEA ont perçu l’innovation de rupture d’une bien autre manière. Ils l’ont vécue comme une innovation menée pas à pas. Pour eux, elle ressemble à la croissance d’une pousse de chêne qui, après avoir combattu les tempêtes de l’automne, les grands gels hivernaux et les incendies estivaux, s’est trouvée un jour être le plus grand arbre de la forêt.  Elle est faite d’adaptations constantes, d’imagination, de recherche de solutions inédites, de constance et de détermination.

Le paradoxe de l’innovation de rupture :

C’est ce que montre Jean-Marc Schoettl dans l’article qu’il a écrit dans la Revue Française de Gestion N° 197 d’octobre 2009. Jean-Marc, un éminent spécialiste de la rupture des business models, est consultant et enseignant à Sup de Co Montpellier, HEC, ESCP Europe et Paris Dauphine. Par son analyse de la réussite d’IKEA, il soulève un paradoxe : même si l’innovation de rupture est radicale pour les concurrents, elle est progressive pour l’entreprise. Elle est la résultante de multiples innovations que l’entreprise a conçues pour répondre à des problèmes opérationnels durant une période qui s’étale de 1945 à nos jours. 
Lire aussi: L’innovation de rupture est à la portée des PME

Voici quelques péripéties de l’histoire d’IKEA que Jean-Marc analyse. C’est en 1945 qu’Ingvar Kamprad, fondateur d’IKEA, inaugure le premier catalogue. Il le fait pour compenser le manque d’efficacité commerciale lorsqu’il vend en porte à porte des articles aussi divers que des stylos, des bas nylon ou de la maroquinerie. Il commence à vendre des meubles par hasard en 1947. Dès l’origine, il a des tarifs agressifs parce qu’il évite les coûts des intermédiaires en vendant en direct au consommateur. En 1953, il ouvre un premier magasin pour exposer la qualité de ses produits. Il y est contraint pour contrer une guerre des prix lancée par un concurrent direct et montrer la supériorité de ses produits. Il invente le libre service directement dans l’entrepôt pour réduire le temps d’attente des clients. En effet, il vient d’ouvrir un magasin à Stockolm avec un succès tel que les files d’attentes deviennent inacceptables. Il imagine le meuble en kit pour faciliter le transport dans la voiture des consommateurs car l’encombrement des meubles transforme le chargement dans les véhicules en casse-tête. 

Comme le démontre le cas d’IKEA, l’innovation de rupture est le résultat d’une succession de décisions innovantes. La clé  consiste à reconnaître le mérite d’idées originales même si elles sont initialement conçues pour résoudre un problème ponctuel. Elle exige le courage de sortir du schéma mental traditionnel adopté par tous les concurrents. Elle demande de la lucidité et de la constance. Sur le plan des moyens, elle est à la portée de toutes les entreprises. Mais seules celles qui ont suffisamment de créativité et de courage pourront la réussir. 

Pour accéder à la totalité de l’article de Jean-Marc Schoettl, cliquez sur :http://rfg.revuesonline.com/article.jsp?articleId=13959
Pour en savoir davantage: IKEA

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