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Polia : personne ne contrôle une rupture de marché

Polia Consulting est une société de conseil spécialisée dans le Knowledge Management. Elle a su tirer parti de la rupture de marché qui a provoqué l’émergence de ce nouveau concept. Son fondateur a joué un rôle important pour le promouvoir en France. Malgré sa position, il n’a pas été en mesure de contrôler le développement de la rupture.

Le Knowledge Management est une nouvelle méthode de management qui crée une rupture dans le marché du conseil. Il permet aux entreprises de faire une gestion prévisionnelle des compétences de ses employés. Il valorise ces derniers et assure une performance collective durable des équipes. Le nouveau concept naît vers la fin des années 90. Il capture vite l’imagination des responsables en entreprise. En 2001, cela devient la nouvelle théorie dont tout le monde parle. Polia Consulting est une société de conseil créée la même année sur ce thème. Elle devient vite un leader du domaine avec une croissance explosive et une excellente profitabilité. En écoutant cette histoire, un observateur extérieur est admiratif devant le succès de Polia Consulting. Quelle réussite ! Quel timing !

Et pourtant, Jean-Yves Prax, fondateur de Polia Consulting, raconte son histoire de manière beaucoup plus modeste. Il admet avoir participé à l’avènement d’une rupture de marché mais affirme n’avoir jamais pu en contrôler le développement. Son aventure n’a d’ailleurs pas toujours été aussi glorieuse. En 1993 il crée sa première entreprise, CorEdge, un cabinet de conseil fondé sur des idées très proches du Knowledge Management. La première brochure éditée par Jean-Yves Prax parle déjà de l’importance du « knowledge » pour l’entreprise. Mais le marché du Knowledge Management n’est pas prêt et aucun client potentiel ne voit l’intérêt d’accorder de l’importance à la gestion des compétences. En attendant, CorEdge démarre son activité dans le domaine de la Gestion Electronique de Documents, une technologie qui est alors très populaire auprès des entreprises. CoEdge a du mal à se développer dans un marché où les concurrents sont déjà bien établis. Elle reste un acteur mineur du domaine et sa situation financière est précaire.

En parallèle de son rôle d’entrepreneur, Jean-Yves Prax participe à l’avènement des théories du Knowledge Management. Il écrit des articles, anime des  conférences et écrit des livres autour des concepts qui vont devenir ensuite la base du Knowledge Management. Au début, son discours est imprécis et se clarifie au fur et à mesure qu’il approfondit le sujet. Surtout, les mentalités changent dans les entreprises. Les dirigeants deviennent sensibles au thème de la gestion des connaissances. C’est un auteur japonais, Ikujiro Nonaka, qui lance officiellement le concept du Knowledge Management dans un livre publié en 1997 intitulé «La Connaissance créatrice » . Immédiatement passionné par ces idées, Jean-Yves Prax diffuse en France la nouvelle théorie. Il rencontre un public enthousiaste et participe activement à un mouvement médiatique qui culmine en 2001.

C’est alors de début d’une ère de prospérité dans les affaires. Il laisse Cor’Edge dans les mains de nouveaux actionnaires. Il fonde Polia Consulting qui sera dédiée au Knowledge Management. Grâce à la notoriété que Jean-Yves Prax a su établir, sa société prospère très vite. Malgré sa création récente, elle gagne un premier très gros projet de Knowledge Management auprès d’un grand groupe français. Elle engrange ensuite les affaires et jouit d’une croissance soutenue.

Lorsqu’on lui demande comment il a fait pour réussir ainsi, Jean-Yves Prax reste d’une grande modestie. Il répond simplement : « Je me trouvais par hasard au bon moment lorsque la vague du Knowledge Management a commencé ». Il a indéniablement joué un rôle en diffusant le concept en France. Mais il n’a pas pu influencer le timing de la rupture. S’il avait pu, il aurait bien poussé le marché à adopter les concepts plus rapidement. Il aurait ainsi avancé la réussite de son entreprise dans le temps.

Les ruptures se développent progressivement. Elles ne se concrétisent que lorsque deux conditions sont réunies. Premièrement, les clients ressentent des besoins latents qui n’ont pas de réponse. C’est le cas ici quand les entreprises rencontrent des frustrations liées au manque de gestion rigoureuse des compétences. Les techniques de management établies jusqu’alors sont impuissantes à les dénouer. Deuxièmement, une solution apparaît et est adoptée par les clients. C’est l’apparition de la théorie du Knowledge Management initiée par Nonaka et relayée par d’autres. Il faut du temps pour que les clients comprennent le potentiel de la solution et c’est ce qui provoque le lent mûrissement du marché.

Personne ne peut contrôler l’évolution d’une rupture de marché. Même si les créateurs du concept peuvent légitimement en réclamer la paternité, ils sont sujets à la maturation du marché. Tant qu’ils ne rencontrent pas d’intérêt de la part de leurs pairs, leurs réflexions restent théoriques et approximatives. Ce sont les réactions de futurs clients qui leur permettent de perfectionner et d’enrichir leur discours. Jean-Yves Prax explique : « C’est la demande latente du marché qui a permis aux idées de se développer. Lorsque je relis les premiers livres que j’ai écrits, ils me paraissent très imparfaits. Ce n’est que lorsque les entreprises étaient prêtes à recevoir le message du Knowledge Management que celui-ci est né et a pu se répandre ».

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