L’école d’été d’HEC Montréal : apprendre à penser hors du cadre

Comment faire pour penser hors du cadre (en anglais « think out of the box ») ? Combien de fois avez-vous entendu quelqu’un vous dire : pour innover, vous devez penser hors du cadre ? Personnellement, je trouve cette remarque agaçante. Bien sûr, vous êtes limité par votre propre cadre de pensée. Mais comment sortir du cadre ? Personne ne vous dit comment faire.

Existe-il une réponse ? Je l’ai trouvée à l’Ecole d’Eté.
La réponse, je l’expérimente en ce moment à l’Ecole d’Eté « Management of Creativity » organisée par HEC Montréal. Elle tient en un constat simple : vous avez besoin de stimuli extérieurs qui vous obligent à sortir de votre cadre habituel. Vous ne pouvez pas y parvenir avec le seul pouvoir de votre réflexion. Au cours d’un programme de 2 semaines, l’Ecole d’Eté me pousse à sortir du cadre dans trois dimensions :

1. Plonger au cœur du processus d’innovation d’entreprises innovantes.
J’ai été ébloui par les visites d’entreprises que j’ai faites. J’ai admiré l’équipe de création du Cirque du Soleil en train de concevoir des shows stupéfiants. J’ai vu comment Bombardier révolutionne l’aviation d’affaires. J’ai observé comment Roca mobilise les meilleurs designers du monde autour d’une simple cuvette de WC. J’ai vu comment l’architecte Enrich Ruiz-Geli crée des bâtiments 4 fois plus économes pour le même coût de construction. J’ai compris comment un astronaute gère l’imprévu. J’ai admiré comment une poignée d’individus a transformé le très traditionnel Bell Canada en une icône d’innovation.

2. Découvrir l’âme de deux villes innovantes, Montréal et Barcelone.
L’Ecole d’Eté se déroule sur deux semaines, dont une à Montréal et une à Barcelone. Deux villes dont émane la fraicheur de l’innovation. Montréal qui cultive un bouillon fertile de compétences autour d’entreprises innovantes. Barcelone dont les bâtiments, depuis les immeubles où Gaudi transforme un toit en dragon, jusqu’aux immeubles de verre en forme de papillon, exhibent une créativité architecturale inédite. J’ai découvert les québécois, dont l’accent chantant, l’allure tranquille, le sens de l’humour omniprésent vous transmettent leur croyance que tout est possible. J’ai côtoyé les catalans dont la gentillesse, l’ouverture à échanger et l’énergie vous inspirent à chercher plus loin de nouvelles ambitions.

3. Echanger avec des esprits très divers : penseurs, professionnels, universitaires, étudiants.
A l’Ecole d’Eté, j’expérimente comment les échanges élargissent l’esprit. Des penseurs parmi les plus avancés de notre époque me font part avec candeur des limites de leurs théories : Yves Pigneur, co-créateur du Business Model Canvas, Armand Hatchuel, co-créateur de la Théorie CK. Etsuro Sotoo, sculpteur japonais qui a repris l’œuvre de Gaudi à la Sagrada Familia, me donne la clé de son inspiration : garder le cœur d’un enfant. Mais la plus grande richesse vient du mélange éclectique des participants de la Summer School : 1/3 de professionnels, 1/3 d’universitaires, 1/3 d’étudiants. Les professionnels m’expriment une vision précise de leur savoir-faire. Les universitaires me plongent dans la profondeur des modèles et des théories. Les étudiants mettent leur enthousiasme en commun pour résoudre en quelques clics les questions les plus diverses. Ces échanges ne sont pas toujours confortables car ils confrontent mes connaissances et mes certitudes. Mais ils me permettent d’entrevoir d’autres manières de penser.

Ma recommandation : si vous souhaitez penser hors du cadre, cherchez un environnement qui vous oblige à penser différemment.

Pour moi, cela signifie des échanges avec d’autres qui raisonnent autrement. Des endroits qui vous surprennent. Des entreprises qui excellent dans des domaines pour vous inconnus.

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Innovation destructrice, la méprise de Luc Ferry

Innovation destructrice de Luc FerryLuc Ferry vient de publier un livre étonnant : l’innovation destructrice.
Il expose les effets négatifs de l’innovation en s’appuyant sur le concept de « destruction créatrice » de l’économiste Joseph Schumpeter.

Le paradoxe de l’innovation

Pour Luc Ferry, l’innovation a le pouvoir de sauver notre économie mais nous plonge dans une révolution permanente qui détruit le présent pour créer le futur. Ce paradoxe n’est pas nouveau et les exemples du Paris de 1830 à 1900 le démontrent.

Erreur sur le sens de l’innovation

Luc Ferry affirme que l’innovation a perdu son sens et que nous sommes dans un système absurde où l’entreprise fait de l’innovation pour l’innovation.

Ferrari Dino accidentée, une innovation absurde ?Il prend comme exemple l’art contemporain, où une Ferrari Dino accidentée posée sur un socle blanc est une œuvre qui se vend 180000 euros alors que le même modèle d’occasion en parfait état de marche s’achète 50000 euros.

Et pourtant, aussi brillante que soit cette démonstration, elle me paraît erronée. Luc Ferry commet l’erreur de prendre un exemple dans le microcosme très spéculatif de l’art contemporain (dont le marché répond à une dynamique très spécifique) et de le généraliser à l’ensemble de l’économie.

En tant qu’innovateur qui côtoie d’autres innovateurs en entreprise depuis plus de 30 ans, je sais que si une entreprise lance une innovation qui n’apporte aucun bénéfice à l’utilisateur, celle-ci sera sanctionnée par le marché : les clients ne l’achèteront pas. L’entreprise est alors contrainte de retirer son produit très vite et de le remplacer par un produit perçu comme meilleur par les clients.

Oui ! L’innovation est porteuse de sens !

L’innovation a comme dessein d’apporter toujours plus de valeur aux utilisateurs. Il suffit d’observer la passion qui anime les innovateurs. Ces derniers ont une obsession : contribuer à rendre le monde meilleur. Si les entrepreneurs innovants consacrent leur énergie et risquent leur fortune dans des start-up dont le succès est incertain, c’est parce qu’ils croient en leur vision d’un monde meilleur. C’est cette même foi qui permet aux innovateurs en entreprise d’affronter les doutes de leur direction devant lesmultiples écueils avant la réussite.

Quant au client, l’innovation remet en question ses habitudes. Au lancement d’une innovation, il est courant que ses futurs utilisateurs la rejettent parce qu’ils n’en saisissent pas encore les bénéfices. La première fois que vous avez vu un navigateur GPS, vous avez sans doute pensé comme moi : « c’est un gadget dont je n’ai pas besoin. Je me débrouille très bien avec les cartes routières que j’ai dans ma voiture ». Et pourtant aujourd’hui vous ne pouvez plus vous passer de votre TomTom. C’est parce que l’innovation répond à un besoin latent, c’est-à-dire un besoin dont vous ne prendrez conscience que lorsqu’il sera comblé.

Non, le clivage entre les adeptes et les opposants à l’innovation n’existe pas

Luc Ferry ne capte que de manière imprécise la nature de la peur qu’engendre l’innovation. Il nous dit que « ce n’est pas une simple crise que nous vivons, mais une révolution permanente qui ouvre des perspectives sans doute enthousiasmantes pour ceux qui gagneront, mais infiniment plus angoissantes pour les autres ».

Le monde ne se partage pas entre ceux qui embrassent l’innovation et ceux qui s’accrochent à leur acquis. Le problème est plus profond. Le conflit entre l’inspiration qui pousse à innover et la peur du nouveau existe simultanément chez chacun des acteurs. Il est présent chez les entrepreneurs comme chez les clients.

En effet, la « destruction créatrice » dont parlait Schumpeter il y a un siècle, prend aujourd’hui la forme d’un dilemme au sein de l’entreprise elle-même. Celle-ci cherche à contrôler son destin et à limiter les effets de l’imprévu. Elle souhaite aussi innover pour créer la croissance de demain. Mais innover, c’est affronter l’inconnu. C’est se lancer dans le vide. C’est lancer des projets dont l’entreprise ne connaît pas la rentabilité. C’est remettre en question les méthodes qui ont fait son succès dans le passé. Ces deux obligations sont si contradictoires que beaucoup d’entreprises réputées innovantes se font piéger. Elles s’endorment et se fossilisent. C’est ainsi que Nokia, longtemps leader du téléphone mobile, n’a pas su se réinventer et a été marginalisé par Apple.

Quelle est la solution ?

L’ancien Ministre de l’Education Nationale croit en l’Europe qui constitue, à ses yeux, l’espace dans lequel nous pourrons dépasser nos freins et profiter des bénéfices de l’innovation.

A cela, je réponds que la véritable solution se trouve ailleurs. Certes, une Europe forte est un facteur essentiel pour que nos entreprises accèdent à un large marché dans un monde régi par la mondialisation. Mais ce n’est pas le problème.

Les entreprises doivent apprendre à adopter une attitude double : à la fois faire fructifier les activités en cours, en continuité avec l’existant et, en même temps, innover, remettre en question les acquis pour créer les marchés de demain. De mon expérience, c’est cette ambivalence qui est difficile à maîtriser pour les entreprises.

Voici à ce propos 3 articles traitant de solutions organisationnelles aidant les entreprises innovantes à surmonter ce dilemme :
Comment dépasser les barrières à l’innovation de rupture
Comment surmonter le dilemme des entreprises innovantes
Pernod-Ricard champion de l’innovation : quelles sont ses recettes ?

A ce titre, la théorie C-K (Concept-Knowledge) mise au point par Armand Hatchuel, Benoit Weil et PascalLe Masson, chercheurs à Mines Paris Tech, est remarquable. Elle décrit en détails le processus de pensée de l’innovateur, lorsqu’il invente des concepts qui n’existent pas encore. Et surtout, elle montre, de manière rationnelle, comment s’aventurer dans l’inconnu pour innover. Pour moi, c’est en maîtrisant des pratiques issues de théories comme celle du C-K que nos entreprises génèreront la croissance et sauveront notre économie.

Vous pourrez trouver sur cette méthode les ressources suivantes :
Une innovation de rupture via la méthode Concept-Knowledge
Comment innover dans l’inconnu: les apports de la théorie C-K

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